OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 7 images pour 2010 http://owni.fr/2010/12/31/7-images-pour-2010/ http://owni.fr/2010/12/31/7-images-pour-2010/#comments Fri, 31 Dec 2010 08:48:53 +0000 André Gunthert http://owni.fr/?p=40702 Haïti, une catastrophe pour les images

2010 s’est ouvert sur une histoire bien moche de photo volée. Pas par Wikipédia ou ces truands d’amateurs, mais par l’AFP, parangon du photojournalisme, prise la main dans le sac de l’accélération du marché. Confrontée à l’urgence du tremblement de terre de Haïti, la presse a commis de nombreuses erreurs, reprenant sans vérification des images d’autres catastrophes, signalées notamment sur Twitter. Comme les autres, l’AFP n’a fait que se servir sur le réseau social, et a rediffusé sans autorisation et avec une fausse attribution une photo qui allait faire la une de nombreux journaux (voir ci-contre). Lorsque Daniel Morel, son véritable auteur, porte plainte pour exploitation illégale, l’AFP réplique par un recours – que l’agence vient de perdre devant le tribunal de New York.

Jamais en retard d’un combat perdu, le pape du photoreportage, l’inusable Jean-François Leroy, a choisi de se faire l’avocat du vol de l’agence contre le droit de l’auteur, au nom de l’argument bien connu de la jupe trop courte et de la provocation du pot de terre contre le pot de fer. Le défenseur du photojournalisme assis s’est justement fait épingler par Duckrabbit sur son blog.

Rimbaud, un nouveau visage

Depuis avril 2010, Rimbaud a changé de visage. Découverte par Alban Caussé et Jacques Desse, une photo du perron de l’hôtel de l’Univers à Aden, datée de 1880 (ci-dessus, n° 9), montre une physionomie si inhabituelle que de nombreux fans ont préféré ne pas y reconnaître leur auteur favori. Pas de chance, il semble bien que ce soit toute l’imagerie de la rimbaudmania qu’il faille désormais retourner cul par-dessus tête. Le célèbre portrait par Carjat, fondateur d’une vision éthérée d’un poète les yeux dans le vague (ci-dessus, n° 2), s’avère manifestement retouché. D’autres images de Rimbaud, jusqu’à présent écartées, font écho à la photo d’Aden et donnent un visage plus humain à l’auteur des Illuminations. La passionnante controverse qui a accueilli cette découverte (dont on peut suivre les échanges sur ce blog) montre que l’édition de la fin du XIXe siècle a su créer des icônes aussi puissantes que les industries culturelles du XXe siècle.

YouTube, fini de rire

Le Sacre de l’amateur (Patrice Flichy, 2010) s’ouvre sur le chiffre emblématique des vidéos téléchargées sur Youtube, censé résumer à lui seul l’essor conféré par le web aux pratiques créatives. Mais le temps est loin où l’on comptait les enregistrements familiaux remarquables, façon “Charlie bit me“. Désormais partagé par les maisons de disque, les émissions de télévision grand public ou la publicité de prestige, l’usage de la plate-forme s’est banalisé et a noyé le broadcast yourself dans la concurrence sans pitié des grands médias (on peut parier que le nullissime “Baby” de Justin Bieber sera la 1e vidéo à franchir prochainement la barre du demi-milliard de vues).

2010 restera l’année où YouTube a chassé le droit à la parodie de ses serveurs, en se soumettant à l’interdiction par le distributeur des pastiches de La Chute d’Oliver Hirschbiegel. Contrairement à l’avis des optimistes, qui pariaient sur un rebond du web, la célèbre crise de rage interprétée par Bruno Ganz n’a plus servi depuis de défouloir à la moquerie, qui s’est mise à l’abri sur les réseaux sociaux.

Bettencourt, le portrait d’une affaire d’État


Eté marqué par un conflit familial devenu scandale d’État par l’obstination dans le mensonge d’un ministre qui y a définitivement brûlé sa carrière. Dans un paysage visuel qui cache la vieillesse comme un crime, le visage archéologique de la patronne de la crème antiride produit un étrange raccourci des mythes du temps. On s’en souviendra. Accessoirement, la répétition du portrait de l’AFP rappelle qu’à l’ère du camphone, la disponibilité de l’image reste la première détermination de la dynamique de publication.

Lady Gaga crowdsourcée


Pas de best-of 2010 sans Lady Gaga. Mais pour une image différente des clips à succès de la pop-star. Enregistré simultanément par plusieurs dizaines de caméras et mobiles, puis retransmis sur les plates-formes de vidéo en ligne, le crowd surfing (ou jeté dans la foule) exécuté par Lady Gaga au festival Lollapalooza de Chicago le 6 août dernier a fait d’une figure classique des concerts rock une expérimentation grandeur nature de la capacité panoptique des nouveaux médias, sorte de déclinaison frivole des pratiques visuelles du mouvement de protestation iranienne de 2009. Preuve de la puissance du crowdsourcing visuel, ces deux exemples montrent aussi la difficulté de son emploi en dehors de cas très …mobilisateurs.

La toupie d’Inception: ne rêvons pas

Deux films oniriques ont marqué 2010. Laissons de côté Alice au pays des merveilles, gonflé d’effets spéciaux comme une Sahnetorte, pour faire un sort à Inception, vrai film à thèse. En résumé: il est possible de manipuler l’esprit grâce à une effraction du cortex et à quelques scènes d’action emboîtées. Ça aurait pu être une magnifique métaphore du cinéma. Le film passe résolument à côté par son manque absolu de fantaisie et son absence de réflexivité cinématographique. Inception réussit à dépoétiser jusqu’au totem, transformé en outil de vérification de l’état onirique, sorte de “pince-moi” objectif (voir ci-contre).

Faut pas rêver. Dans une époque qui préfère Onfray à Freud, peut-on avoir de l’imaginaire une autre approche que celle des écoles de commerce? Pourtant, comme l’avait bien compris le père de la psychanalyse, le rêve est d’abord un moteur à histoires. Dans Alice ou dans Inception, les effets de manche soupesés au millimètre par des comptables incrédules dévoilent un chapeau vide. Un cinéma qui n’est plus capable de croire à la puissance du rêve ne fait que creuser sa propre tombe.

La 3D à lunettes, un lancement qui tombe à plat

2010 restera comme l’année du lancement de la 3D, promue au cinéma par le succès d’Avatar, vaisseau amiral de la technologie des shutter glasses, et dont le Mondial de foot aurait dû assurer les prolongations dans les salons. Las, malgré quelques blockbusters pas forcément inoubliables (Piranha 3D, Le Choc des titans, Streetdance 3D, Alice au pays des merveilles, Schrek 4…), la demande n’a pas suivi. Sur 9 millions d’écrans plats achetés cette année en France, on estime à un petit 2% la proportion de téléviseurs 3D, bien loin du succès annoncé par le marketing.

Entretemps, les spectateurs américains commencent déjà à se lasser de l’estampille “3D”, et l’auto-stéréoscopie avance à grands pas, programmant l’obsolescence du relief à lunettes, qui risque bien de n’avoir été qu’un des coûteux faux-pas des technologies de l’image, à ranger bientôt à côté du vidéodisque ou du HD-DVD. Pour ma part, muni par le père Noël d’un écran LED tout neuf, j’ai pu constater qu’Avatar est aussi un excellent film en 2D, et que sa vision à plat ne fait pas le moins du monde regretter sa version bodybuildée – ce qui est une autre manière de vérifier le caractère superflu du leurre 3D.

Article initialement paru sur Culture Visuelle, L’Atelier des icônes.

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L’affaire Woerth-Bettencourt|| en une seule (belle) image http://owni.fr/2010/07/08/laffaire-woerth-bettencourt-en-une-seule-belle-image/ http://owni.fr/2010/07/08/laffaire-woerth-bettencourt-en-une-seule-belle-image/#comments Thu, 08 Jul 2010 14:56:25 +0000 Martin Untersinger http://owni.fr/?p=21531

Image par Florent Guerlain / Zukunft. Voir l’image seule.

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La complexité et la multitude de personnes impliquées, des liens les unissant et des déclarations des uns et des autres font de l’affaire Woerth-Bettencourt un cas idéal pour le mindmapping, cet exercice qui permet de schématiser des situations complexes.

On avait la mindmap (pas très jolie, mais interactive) de Mediapart.

On avait également celle du Monde (pas très jolie non plus, mais qui a le mérite d’être claire).

Il y avait également cette Google Maps de l’Île de Mme Bettencourt aux Seychelles qui résumait toute l’affaire.

Pour terminer ce rapide tour d’horizon, voici donc une carte graphiquement très réussie qui résume bien l’affaire qui secoue le paysage judicio-médiatico-politique depuis quelques jours (toute ressemblance avec une phrase d’une ministre en exercice ne serait évidemment que coïncidence fortuite).

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Vous pouvez retrouver notre traduction de l’article révélation de Mediapart ainsi qu’un retour sur l’attaque en règle de l’UMP contre Mediapart.

Image par Florent Guerlain.

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Mediapart sous le feu nourri de l’UMP http://owni.fr/2010/07/08/mediapart-sous-le-feu-nourri-de-l-ump/ http://owni.fr/2010/07/08/mediapart-sous-le-feu-nourri-de-l-ump/#comments Thu, 08 Jul 2010 07:54:09 +0000 Martin Untersinger http://owni.fr/?p=21454 C’est l’article publié lundi dernier par Mediapart (et traduit par OWNI), révélant un possible financement occulte de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, qui a mis le feu aux poudres.

Depuis hier, tous les responsables politiques de la majorité ont fait de Mediapart et d’Internet, la cible de toutes leurs attaques. Même si elles relèvent certainement d’une tentative désespérée de discréditer la source de l’information, technique aussi veille que le journalisme, elles n’en sont pas moins inquiétantes et révélatrices.

"Nom d'un chien elle s'est pas foutue de ma gueule Liliane. Carla, viens voir tout ce qu'elle a mis dans l'enveloppe !"

Éléments de langage

Le ministre du Budget François Baroin (pourtant ancien journaliste politique à Europe 1) a ainsi qualifié Mediapart de “blog”. Xavier Bertrand, pour sa part, a attaqué sur RTL les méthodes fascistes” de Mediapart. Le ministre de l’industrie et maire de Nice Christian Estrosi a quant à lui fait joliment référence à “une certaine presse des années 30”. Mais la palme de la bêtise revient certainement au jeune Benjamin Lancar (président des jeunes UMP qui n’en est pas à son coup d’essai) qui est l’auteur d’une superbe fulgurance sur Twitter (vous savez, le lieu des ragots et des rumeurs) :

Du temps de Staline, il y avait les montages photo, en 2010, en France, il y a Mediapart, mené par… un trotskiste. CQFD.

Malheureusement, cet article ne sera jamais aussi complet et exhaustif que cet attendrissant livre d’or publié sur le site de l’UMP. Seul l’impayable Jean-Pierre Pernaut peut se targuer d’y arriver (attention, ça fait froid dans le dos) :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

La revanche d’Internet

Jouant donc à plein sur l’idée encore tenace qu’une information publiée sur Internet est forcément sujette à caution (et comme si celles diffusées par les grands médias ne l’étaient pas), les cadres de l’UMP pourraient bien y laisser quelques plumes si l’histoire rapportée par Mediapart se vérifie de bout en bout. Et il sera alors extrêmement difficile à l’avenir de jouer la carte de la non-fiabilité d’Internet.

Ce qui est certain, comme le souligne Serge Faubert sur Electron Libre, c’est que la révélation de cette affaire par une publication en ligne “marque un tournant dans l’histoire médiatique de notre pays”. Car c’est un pure-player, né et vivant sur Internet qui (comme naguère Rue89 avec l’affaire du non-vote de Cécilia) fait son grand coming-out et impose son agenda aux grands médias généralistes. C’est d’autant plus rageant pour le camp UMP que les enregistrements divulgués par Mediapart avaient été proposés aux grand médias. Qui les avaient refusés. Peur des retombées politiques ? Auto-censure ?

En tout cas et heureusement, les médias anglo-saxons qui reprennent de plus en plus l’information, n’ont heureusement pas la défiance des pontes du parti présidentiel.

Le LA Times et CNN qualifient en effet Mediapart de “site d’investigation”, Vanity Fair de “site internet d’investigation” et le Telegraph d’un sobre “site d’information”. Le blog du World Editors Forum (sous-division de la très respectée Association Mondiale des Journaux) rappelle peut-être un peu exagérément que Mediapart est “bien connu pour ses investigations au coeur des scandales politiques français. Éléments de langage…

Au delà d’une affaire d’Etat qui prend chaque jour plus d’ampleur et qui met en lumière les relations plus qu’incestueuses entre la politique et le monde des affaires, deux éléments se dessinent en filigrane. D’une part, une faiblesse croissante des médias traditionnels, incapables de sortir l’affaire comme le voudrait la déontologie du métier, affaiblis par la crise et dont la collusion avec le pouvoir apparaît de plus en plus évidente. D’autre part, cette affaire consacre la montée en puissance des médias en ligne.

Xavier : "Eric, fais pas le con. Dis-moi où t'as caché ta p*tain d'enveloppe."

Vers le sacre des médias en ligne ?

Mediapart sort évidemment gagnant de cette affaire (+ 5000 abonnés en quelques semaines), de quoi rassurer les banquiers du site, dont la trésorerie ne lui permettait pas une marge de manoeuvre supérieure à quelques mois. De quoi également être serein quant à l’avenir du site à plus long terme, si l’on en croit les dires de Vincent Truffy, journaliste à Mediapart interrogé sur Electron Libre :

Quand on lit les messages qu’ils [les nouveux abonnés] nous envoient, on se rend compte que les lecteurs viennent grâce à ces affaires, mais ils restent aussi parce qu’ils découvrent l’ensemble de notre contenu, notre différence. Nous vivons une véritable construction de lectorat.

Il y a en outre fort à parier qu’à l’instar du Daily Telegraph lors du scandale des notes de frais des parlementaires britanniques, le site va continuer à distiller au compte-goutte l’intégralité de ses informations.

On espère en tout cas que cette affaire va aider les médias sur Internet à se débarrasser de cette réputation de colporteurs de “ragots” et à prouver que s’y trouve l’avenir du journalisme, quoiqu’en pensent les politiques chagrins. Ce n’est à l’évidence pas l’avis de Nadine Morano, dans le 19/20 de France 3 du 6 juillet, qui nous donne une sublime leçon de journalisme :

On est arrivé dans une nouvelle forme de journalisme qui ne repose plus sur de l’information vérifiée, qui ne repose plus sur des témoignages vérifiés, sur des preuves, mais qui font seulement l’objet de calomnies, de mensonges, de ragots.

Car oui, l’article publié lundi par Mediapart repose sur un seul et unique témoignage, non-vérifié. De plus, la situation financière fragile du site laissait quelque place au doute. On pouvait alors arguer, à sa décharge, que ces déclarations avaient été faites avant l’article publié dans Le Monde de cet après-midi, qui annonce la découverte des carnets évoqués par la comptable et confirme le fait que 50 000 euros ont bien été retirés, comme expliqué par Claire T dans son témoignage à Mediapart.

Pourtant, Nadine en a remis une couche cette après-midi dénonçant avec l’élégance qui la caractérise “la collusion politico–médiatico-trotskyste”.

Vous vous rendez compte dans quelle histoire on se trouve ?” demandait-elle dans Soir 3 mardi soir. Nous oui.. Elle ? J’en doute.

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Crédits Photo CC : Tragic Ending To A Beautiful StoryMinistère du TravailUK Parliament.

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http://owni.fr/2010/07/08/mediapart-sous-le-feu-nourri-de-l-ump/feed/ 12
Mediapart: Sarkozy and Woerth accused of having received illegal donations http://owni.fr/2010/07/06/mediapart-sarkozy-and-woerth-accused-of-receiving-illegal-donations/ http://owni.fr/2010/07/06/mediapart-sarkozy-and-woerth-accused-of-receiving-illegal-donations/#comments Tue, 06 Jul 2010 21:55:26 +0000 F. Arfi and F. Lhomme (trans. M. Untersinger) http://owni.fr/?p=21401

Because Mediapart wanted this story as much broadcasted as possible. Because they made this content free. Because it did not exist in English. Because it is important for it to be under CC. And because every single word has its importance and can not afford to be misunderstood by English readers…

Here is the exclusive story that shakes French Republic.

(May our servers handle the charge.)

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Claire T. is an accountant working for Liliane Bettencourt and Clymène, the company managing her assets. Her co-workers once praised her for her professionalism ; they now consider her as the one who knows too much, whithout her being able to do anything about it. The financial police of Paris, working in preparation of the preliminary hearing [a procedure by which the judge decides whether or not to go forward to a full-blown trial] launched by the Nanterre tribunal after recordings made in the house of L’Oréal’s heiress were leaked to the press, spotted just that.

On Monday, July 5, they once again interrogated this tenacious, hardened woman (she had already been put on pre-charge detention in mid-June). After questioning her during most of the morning at the headquarters of the financial police, in the 13th arrondissement of Paris, they decided to interrogate her once more, this time at her place, upon instructions from Nanterre prosecutor Philippe Courroye, who had the feeling she still had things to say. His intution was right.

In front of the criminal police, she told a scene involving Eric Woerth and, through him, the financing of president Nicolas Sarkozy’s 2007 campaign. To Mediapart, she said much more…

At the beginning, police detectives wanted to know were the three “cashier notebooks”, these notebooks in which Claire T. wrote meticulously, year after year, the cash withdrawals she carried out on demand from Liliane and André Bettencourt (who died in November, 2007). She kept them between May, 1995, when she was hired by the couple, and November, 2008, when she was fired, racking up a €400,000 severing package along the way.

Claire T. is, in fact, the keeper of many dark secrets she told Mediapart, just after her hearing on Monday. It is an accusatory testimony, which she knows she cannot back up by definitive, material proofs and which will need to be checked and verified by police detectives. Claire T. explains her decision of talking to the police and to a newspaper:

“I’m sick of hearing all these people not taking responsibility, talking rubbish. It’s time to say what happened. And, after all, I have nothing to be ashamed of.”

She’s primarily angry because she is being accused of “theft” (the reason why she was heared by the criminal police) by Liliane Bettencourt’s lawyer, Georges Kiejman, who says she failed to return several accounting documents when she left.

“Dédé greased many palms”

Among those, three cashier notebooks corresponding to the “financial years” 2006, 2007 and 2008. Claire T. protests: she states that she gave them back to the billionaire, through her tax advisor, Fabrice Goguel. We interviewed him last week and he confirmed Claire T.’s version:

“Claire gave me a pile of documents, including three cashier notebooks. I did not even look at what was inside, I could not have cared less. I swiftly gave them to their recipient, Liliane Bettencourt, who must have stored them in her archives in her mansion in Neuilly-sur-Seine.”

Those famous notebooks nurture all the phantasies since Claire T.’s lawyer, Antoine Gillot, declared on the radio, on Friday, July 2, that the funds in cash withdrawn by the accountant and handed over to the couple Bettencourt may have benefited to politicians. “This is part of the possibilities”, he let out in a cryptic way. Precising however that his client never handed out directly any money to anyone. On that point, Claire T. confidences are explosive. Her testimony, that we exclusively gathered, confers to the Bettencourt case the status of a State affair.

She explains :

“I had a special authorisation at the BNP, a Parisian bank. First at the Saint-James agency in Neuilly-sur-Seine, then at the one on Avenue de la Grande-Armée, in the sixteenth arrondissement. This authorisation allowed me to withdraw 50,000 euros in cash per week. For long, I handed the money directly in to André Bettencourt. Then, from the beginning of 2007, because of the degradation of Dédé’s health – this is how he was nicknamed -, I entrusted it to Patrice de Maistre.”

Administrator of the billionaire’s fortune, Patrice de Maistre is at the core of the undercover recordings made at the domicile of Mrs Bettencourt by her butler. Who were those cash funds for ? “A part was used to pay doctors, hairdressers, small staff… and so on. And another was for politicians”, strikes Claire T. Who is becoming more precise. “Dédé, and he made no secret of it, has always funded right-wing parties. It was a real parade of politicians at home, they almost always came at the time of elections. Dédé greased them all. Everyone came to get his or her envelope. Some even reached 100,000, not to say 200,000 euros”.

150,000 euros for Sarkozy’s presidential campaign, thanks to Woerth

According to the accountant, “the more diligent visitors were executives of the [right-wing] Republican Party. He handed an envelope to them every two or three months. Sometimes 10,000, 20,000 or 30,000, first in francs, then in euros, because there too, everything increases ! I know Dédé contributed, right before my arrival, to the funding in cash to Edouard Balladur’s campaign. This being said, as he was generous, it would not surprise me that he also funded political activities of Jacques Chirac”.

Regarding political funding, we come to the sensitive point. Very sensitive. The one about Eric Woerth. The only one Claire T. brought up to the police, because it was the only one she was questioned about.

“It was at the end of March, 2007. Patrice de Maistre, who had become the one who “took care” of politicians because of Dédé’s sickness, convened me to ask me to withdraw at the bank a sum three times higher than usual, that is to say 150,000 euros. I refused, explaining that my special authorisation would not allow me that. He got angry, telling me that the bank would not refuse this service to us. I asked him the reason why he absolutely needed such an amount, and then, he answered “come on, that is to fund the presidential campaign of Sarkozy! I need to give the money to the one in charge of the financing of the campaign, Eric Woerth. And 50,000 euros, that is not enough””.

Claire T. continues her story :

“Despite Maistre’s insistence, who almost became hysteric, I refused. I even remember calling Eva, my contact at the BNP Place Vendôme, the bank where Liliane Bettencourt has her main account, to have her advice. I did not tell her about financing Sarkozy, but she understood well… She told me that I had to refuse, that I could not go beyond my special authorisation, otherwise it may alert Tracfin (the anti-money laundering system from the Ministry of Finance). So, I went as usual avenue de la Grande-Armée, I withdrew 50,000 euros, that I handed out to Liliane Bettencourt, who then gave the envelope to Maistre, in front of me. And I filled the notebook, with, regarding to the sum, the mention “Bettencourt”, that I wrote myself. I always did this way when it came to money for politicians, because there must not be any written trace. If Liliane Bettencourt gives them the notebooks, the police will be able to check my statements. I remember the date of this withdrawal for Sarkozy’s campaign : it was on March 26, 2007.”

«Sarkozy also went to see the Bettencourts to get some money»

As if she was freed and finally able to relieve her conscience, Claire T. goes on with her story.

“As 50,000 € were not enough, Maistre went to – or sent someone, I don’t know – Switzerland, to withdraw as a matter of urgency the supplement of 100,000 €. According to what I understood, he did not draw from the Vevey’s account, but rather from the one in Geneva. Anyway, he used to travel every single week to Switzerland. Then, Maistre told me he was about to have a dinner with Eric Woerth so that he could hand him discreetely – as he said – the 150,000 euros. And the dinner happened quickly indeed”.

The funds, according to the accountant, were intended to finance the race to the presidency of the UMP [Sarkozy’s party] candidate, with whom she asserts Patrice De Maistre also had a dinner, in the last few months before his election. “Maistre was very proud to be around Sarkozy”, Claire remembers. Nicolas Sarkozy. A name often heard in the Bettencourts’ superb town house, long before Claire T. started to work for the wealthy couple.

Mayor of Neuilly-sur-Seine [a rich suburb, West of Paris] between 1983 and 2002, Sarkozy was often Bettencourts’ host. “He often had lunch or dinner with Cécilia”, Claire T. remembers. Did he also have the right to the “attentions” given to politicians visiting the Bettencourts? Somewhat hesiting at first, probably assessing the seriousness of her comments, Clair T. confirms:

“Nicolas Sarkozy also received his envelope, it happened in one of the small salons located on the ground floor, next to the dining room. It generally happened after dinner, everyone around knew it. As Mr and Mrs Bettencourt both suffer from deafness, they used to speak very loud and, from the other side of the door we often heard things we should not have heard. Once again, everybody in the town house knew that Sarkozy also used to visit the Bettencourts to get some money. He was a regular. On the days he came, he and others for that matter, I was just asked to bring an half-size, brown envelope right before dinner, with which he left. I am not stupid, it did not need to be spelled out for me to understand what was going on…”

13,000 euros per month for Florence Woerth

We come back to the Woerth case, which is of great interest for the police. And to his wife, Florence, who worked since the end of 2007 under the authority of Patrice de Maistre, within Clymène, the financial structure which managed the assets of L’Oréal’s heiress. Did Florence Woerth know about the tax evasion issues highlighted by the undercover recordings? In a report mentioned by Le Monde’s July 6 edition, this is a question that Nanterre’s Attorney [West of Paris] Philippe Courroye now blatantly asks himself.

Claire T. is not certain to hold the answer.

“Florence Woerth was aware of the investments, not necessarily of the tax fraud. And for good reasons: she was not often there. She used to take long week-ends, often travelled to Switzerland where she told us she had a property. Actually, it seems obvious that she obtained the position because of her husband’s being the budget minister. Patrice de Maistre made no secret of it, but he soon regretted his choice, he was not glad about her.” Being a good bookkeeper, Claire T. remembers that the current labour minister’s spouse “had a good salary : around 13,000 € per month, plus a bonus in the range of 50,000 €”.

Claire T. also confirms that Liliane Bettencourt benefited from a refund by the government on the occasion of the “Bouclier Fiscal” [tax shield] law, but also, another disclosure from Mediapart, that the billionaire :

“Never had to answer any tax control since at least 2005. I have never seen any tax inspector, I can assure that. Definitely, one can say that we never had any problem with tax inspections! I even remember, one day, back in 2008, having phoned the tax person in charge of Mrs Bettencourt. On sick leave, I forgot to send the income tax return, I only sent the ISF [tax for very high incomes]… That was a big blunder. I was afraid of us being sanctioned by a huge fine. Logically, we should have been asked to pay a 10% penalty, that is around 4 million euros. But the person I was talking to laughed and told me not to worry about it, that Liliane would never suffer from any penalty, which was the case”.

Having left her former employers in bad terms, who blamed her – as the butler, who thus decided to put a hidden microphone in the house – of having “badly” testified to the police for the complaint for maltreatment, registered by the billionaire’s daughter, Claire T. does not bear any grudge toward Liliane Bettencourt. At the contrary, she explains that she is “shaken that she fell under the influence of people willing to rob her from her goods”.

Thus, about the now famous Arros Island, Seychelles, of which she knows everything, the accountant states that “François-Marie Banier, through a foundation, is the legal claimant”. Sucked up into a media hurricane of which she does not seem to suspect the impact, Claire T., advised by her lawyer, will probably take some days off, the time for the storm to die down. Obvisously, she will have to be patient.

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Les deux premières images ont été réalisées par Laurent Taudin. La dernière image a été réalisée en exclusivité par Laurent Taudin pour Owni.

Traduction : Martin U. & NKB, sur une idée de Nicolas Voisin, avec l’autorisation de François Bonnet (directeur de la publication de Mediapart) via Vincent Truffy (journaliste à Mediapart et auteur chez Owni).

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