OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les mots socialistes sur DSK http://owni.fr/2011/08/27/les-mots-socialistes-sur-dsk/ http://owni.fr/2011/08/27/les-mots-socialistes-sur-dsk/#comments Sat, 27 Aug 2011 09:30:19 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=77001 À la veille de la primaire du PS qui désignera, dans moins d’un mois, celui ou celle qui se lancera dans la bataille vers l’Elysée au nom de tous les siens, il nous a paru intéressant de rembobiner le fil de “l’affaire Strauss-Kahn”. Pour mettre en lumière les positions des principaux prétendants au mandat suprême telles qu’elles ont été prises dans le feu de l’action.

Cent jours se sont déroulés entre le 14 mai 2011, date de l’arrestation de l’ancien patron du FMI, et le 23 août lorsque le bureau du procureur de New York a annoncé qu’il abandonnait les poursuites contre Dominique Strauss-Kahn.

Cent jours d’exposition médiatique d’une intensité rarement égalée pour celui qui, quelques jours avant son arrestation les mettait tous à l’amende en étant le favori des électeurs de gauche. Autant pour les primaires que pour la Présidentielle.

Indignation, empathie, résignation, indifférence… La ligne officielle socialiste de soutien à DSK se craquèle dès lors qu’on examine les éléments de langage des candidats à l’investiture au fil de la procédure judiciaire.

En juxtaposant sur une ligne chronologique les grands moments de l’affaire avec les réactions des prétendants socialistes, on voit émerger les positions des candidats. Avec parfois des surprises.

Rembobinons-les

Naviguez dans la frise chronologique ci-dessous (en cliquant sur les flèches à droite et à gauche) pour relire les déclarations des candidats à la primaire lors de six moments clés de l’affaire DSK : l’évocation de sa candidature, son arrestation, sa sortie de prison, sa plaidoirie non coupable, la levée de l’assignation à résidence et enfin le jugement de non-lieu.


(Méthodologie : Après avoir croisé les grandes étapes de l’affaire DSK avec les réactions des candidats à la primaire nous avons pris la décision d’exclure Jean-Michel Baylet de nos recherches car ses déclarations sur DSK étaient trop rares. Toutes nos sources sont accessibles ici.)

Des récurrences, des différences

L’analyse des réactions exprimées par les candidats met en avant certains thèmes, certaines idées régulièrement évoquées : la présomption d’innocence, la nécessité de laisser la justice faire son travail, les réactions émotionnelles,…

Cliquez sur “click to interact” puis zoomez dans le diagramme suivant pour vous en rendre compte : les cinq candidats sont reliés aux thématiques lorsque leurs citations évoquent le sujet.
Cliquez également sur le point correspondant à un thème ou au nom d’un candidat pour avoir le détail des relations.

Chacun son ton

Si certains éléments sont évoqués par tous, la diversité de ton employée est inévitable, compte tenu des personnalités de chacun, de leur rôle au sein du Parti Socialiste et enfin de la relation personnelle de chacun avec Dominique Strauss-Khan.

Ainsi le discours de Martine Aubry se veut relativement neutre, convenu et diplomatique. Sa déclaration suite à l’arrestation, est très factuelle : elle évoque un “coup de tonnerre” mais met en garde contre une prise de position trop rapide.
Sa position de première secrétaire du Parti Socialiste est particulièrement présente quand elle sépare clairement ce qui arrive à DSK de l’avenir du Parti Socialiste :

Je veux dire aux Français que, quels que soient les circonstances et les aléas, hier comme aujourd’hui, le parti socialiste est mobilisé pour les comprendre, pour apporter les réponses à leurs problèmes et à ceux de la France, et pour les servir

Un élément sur lequel elle insiste de nouveau, en réaction de DSK : “il s’agit d’un problème personnel pour Dominique Strauss-Khan”.

François Hollande se situe sur un registre plus “énonciatif” comme nous l’apprend l’analyse sémantique de ses citations via le logiciel Tropes.
Ses réactions explorent en effet davantage les hypothèses et conséquences liées aux évènements.
Il demande ainsi de “faire attention, réagir avec émotion mais aussi avec réserve, avec le souci de la justice”, tout en évoquant, avec de très nombreuses précautions, une issue possible, en tout les cas souhaitable de l’affaire :

Peut-être que cette affaire peut se dénouer très vite si on apprend qu’il n’y a aucune charge sérieuse, si ce qui a été dit par cette femme n’est pas vrai, ce que nous souhaitons tous.

Le même ton se retrouve lors de sa déclaration à la sortie de prison “C’est un soulagement (…) en même temps il reste inculpé” et au rendu de jugement de non lieu “C’est à lui, au moment où il le jugera opportun, après probablement un temps consacré à se reconstituer, à retrouver toute sa liberté dans son propre pays, de décider ce qu’il veut faire”.

Les propos tenus par Ségolène Royal sont plus affirmés. Dès sa première réaction, lors de l’arrestation de DSK, elle se place sur le registre de la décence et de l’intérêt de commenter cette affaire : “Il serait indécent d’en faire un feuilleton (…) Le moment n’est pas venu de commenter les conséquences de cette affaire sur la politique intérieure (…) Que chacun garde son calme et sa sérénité.”

Cette idée de “feuilleton” revient dans sa réaction à la sortie de prison de DSK, en allant même jusqu’à parler de danger :

“On ne va pas occulter toute la vie politique française (…) en vivant ce feuilleton de la justice américaine jour après jour (…) Cette affaire occulte la totalité de l’actualité, je pense que ça devient grave pour la démocratie, pour l’efficacité de la politique.”

Lors de la sortie de prison, après avoir évoqué la “violence” et la “brutalité” de cet épisode, elle rappelle avoir été “la première à m’exprimer sur cette affaire en rappelant le principe de la présomption d’innocence.”

Montebourg et Valls, les plus personnels

Les réactions de Manuel Valls et Arnaud Montebourg expriment bien davantage leur avis personnel sur la question, dans des directions radicalement opposées.
Manuel Valls exprime dès le départ sa proximité et son amitié avec Dominique Strauss-Khan, et l’extrême émotion que sucite de fait la nouvelle de son arrestation :

“Je n’ai jamais vu cela et je n’ai jamais ressenti cela (…) Dominique Strauss-Kahn est un ami que je connais de puis longtemps, les images de ce matin sont d’une cruauté insoutenable (…) J’avais les larmes aux yeux (…)”

.
Il conserve ce ton guidé par l’émotion et l’amitié tout au long de l’affaire, comme lors de sa sortie de prison “Il faut que la vérité éclate pour nous ses amis, pour les Français qui sont K.O. depuis dimanche”, ou de la levée de l’assignation à résidence “Moi, j’ai cru dès le premier jour à l’innocence de Dominique Strauss-Kahn. Dominique avait eu l’occasion de me dire qu’il était innocent. J’ai toujours cru en son innocence”.
L’analyse sémantique de son discours via Wordle le montre :

Déclarations de Manuel Valls

Arnaud Montebourg, à l’inverse, était déjà dans une relation d’opposition à DSK, avant même que l’affaire ne débute.
Il ne commente pas l’arrestation de Strauss-Khan. A sa sortie de prison, en revanche, il reste purement factuel “La libération sur parole de Dominique Strauss-Kahn est une nouvelle importante pour lui, sa femme, Anne Sinclair, et sa famille” et met davantage l’accent sur la situation des socialistes

Les socialistes, pour leur part, doivent continuer à tracer leur route vers la victoire de la gauche en 2012, pour bâtir ensemble la Nouvelle France. Ils ont le devoir de réussir les primaires citoyennes dont les modalités et le calendrier n’ont, en l’état, aucune raison de changer.”

Lors de la plaidoirie, il exprime clairement ne jamais avoir soutenu Dominique Strauss-Khan et se évoque “une sensibilité proche de la plaignante.” Lors de l’annonce du non lieu, Arnaud Montebourg explique même son désintérêt pour l’affaire qu’il estime être simplement un “fait divers, je n’ai ni commentaire, ni analyse sur la chronique judiciaire new-yorkaise. Et je ne pense pas que je lui parlerai au téléphone, je suis très pris en ce moment.”

Déclarations d'Arnaud Montebourg

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Les Unes des quotidiens disséquées http://owni.fr/2011/08/06/dissection-des-couvertures-des-quotidiens/ http://owni.fr/2011/08/06/dissection-des-couvertures-des-quotidiens/#comments Sat, 06 Aug 2011 14:56:54 +0000 Erwann Gaucher http://owni.fr/?p=75525 Bon alors, ils ont quoi dans les tripes les rédacteurs en chef du Monde, du Figaro ou de Libération ? Sont-ils fabriqués dans le même moule ? S’intéressent-ils tous aux mêmes sujets ? Difficile à savoir sans pratiquer d’autopsie, et étrangement, les principaux intéressés n’ont pas l’air de vouloir se laisser approcher par un bistouri. Ne pouvant donc pas pratiquer selon les méthodes pourtant éprouvées de l’ami Dexter, il n’y a qu’une solution pour répondre à la question : passer au scanner leurs choix de Une. Bref, regarder de près le fruit de leurs entrailles.

Si la méthode est moins médicale, elle est riche d’enseignements journalistiques. C’est ainsi qu’il y a quelques mois, nous avions pu déceler les symptômes de sarkozyte aigüe, à tendance immobilière et franc-maçonne, qui frappait de plein fouet les rédacteurs en chef du Nouvel Obs, de L’Express et du Point.

Alors, docteur, quels ont été les sujets les plus traités, les plus mis en valeur par les trois principaux quotidiens nationaux français ? Une fois que l’on a épluché les 384 Unes du Monde, du Figaro et de Libé entre mars et juin dernier, quel est le diagnostic ? Les analyses du labo sont formelles. On retrouve les traces récurrentes des mêmes quatre principaux sujets, qui ont représenté la bagatelle de 242 titres en Une au total : le Japon, la Libye, DSK, et Ben Laden.

À votre avis, quel sujet est le plus revenu à la Une ? À vous de voter.

L’affaire DSK ? Vous y avez pensé, avouez-le mauvaises langues ! J’en soupçonne même un ou deux d’avoir commencé à affuter les arguments pour fustiger les médias qui, décidément, ne s’intéressent qu’au superflu pendant que le monde flambe. Eh bien non ! La fièvre DSK a certes touché l’ensemble de nos rédacteurs en chef, mais sans plus. Les analyses le prouvent, avec 42 mentions à la Une en quatre mois pour les trois journaux, son “taux d’occupation de Une” est nettement au-dessus de la moyenne, mais rien de mortel là-dedans.

Bien sûr, tous les patients ne sont pas égaux devant ce genre de virus. Ainsi Le Figaro semble avoir été nettement plus touché que ses confrères en plaçant 20 fois DSK à la Une devant Libération (13 fois) et Le Monde (9 fois).

Et ce n’est pas la seule surprise lorsque l’on regarde les résultats complets de l’autopsie :

Un grand merci à Agnès Stienne qui a résumé en un graphique (à droite sur l'image) mon long billet... Comme quoi, une mise en scène efficace vaut souvent mieux que quelques milliers de signes !

Même la mort de Ben Laden n’a finalement pas beaucoup touché nos rédacteurs en chef. Alors que tout semblait réuni pour faire de cette info un véritable virus de Une pendant des semaines et des semaines, la disparition de l’homme le plus recherché de la planète n’aura finalement été qu’un “bouton” rapidement disparu, une fièvre très passagère. Le Figaro n’y aura consacré que 6 titres de Unes au total, Libération 5 (dont un numéro spécial) et Le Monde 4…

L’incroyable succession de catastrophes ayant frappé le Japon, le bilan particulièrement lourd (10 000 morts et 17 000 disparus), la psychose nucléaire, tous les ingrédients étaient réunis pour en faire LE sujet n°1 de ces quatre mois. Et le score est en effet honorable, exceptionnel même par rapport à une année “normale” : 26 titres de Unes pour Le Monde, 23 pour Le Figaro et 13 pour Libération, auxquels il faut ajouter un numéro spécial Japon de Libé et un autre du Monde.

Mais le sujet champion toutes catégories de ce début d’année, la fièvre qui a véritablement touché nos rédacteurs en chef, c’est bel et bien le conflit libyen qui semble être monté directement aux cerveaux de nos patients. Si Libération en a beaucoup parlé en Une (21 fois en quatre mois), Le Monde (44) et surtout Le Figaro en ont proposé une couverture quasi non-stop en vitrine. Pour Le Figaro, on retrouve en effet les traces de quelques 61 titres de Une consacrés à la Libye sur les 96 analysées. En mars, par exemple, à une seule exception près (le vendredi 15), Le Figaro a toujours consacré au moins l’un de ses titres de Unes à la Libye. Impressionnant !

Et la poussée de fièvre a été aussi longue qu’intense, puisqu’elle a duré pendant les quatre mois passés en revue. Au total, chez nos amis du Figaro, la Libye a été à la Une près d’un jour sur deux sur cette période !

Comment expliquer cela ? Difficile… Bien sûr, il faut prendre en compte les différences mêmes de construction de Unes des trois quotidiens. Celle du Figaro proposant nettement plus de titres chaque jour que celle de Libération ou du Monde, il n’est pas étonnant que la récurrence de certains sujets y soit plus importante.

Application de la fameuse “loi” journalistique du mort-kilomètre ?

On pourrait imaginer qu’une sorte de “répartition” naturelle se fait entre les trois titres concurrents. Lorsque Le Figaro et Libération décident de monter en Une très, très souvent le conflit libyen, le quotidien du soir joue une petite musique différente en se consacrant plus au Japon (deux fois plus que Libé par exemple). On pourrait aussi penser que la fameuse et cynique loi du mort-kilomètre, que l’on enseigne dans toutes les écoles de journalisme, est toujours valable en 2011, tout du moins dans le cerveau des rédacteurs en chef. 1 600 morts à 3 000 kilomètres intéressent plus les journalistes que 10 000 morts 10 000 kilomètres.

Sans pouvoir donner un diagnostic simple expliquant tous ces choix (on n’est pas chez le Dr House ici, l’alchimie de la construction des Unes par une équipe au fil des mois est on ne peut plus complexe), se pencher sur ces différences de choix et de hiérarchisation d’une actualité foisonnante est intéressant.

Quand Libé utilise visiblement sa Une en misant sur l’événement qui efface tout le reste de l’actualité (Ben Laden, DSK ou le Japon seuls en Une avec une photo pleine page), Le Figaro semble vouloir jouer la carte de la fidélisation en feuilletonnant un maximum. Le Monde, lui, s’installe dans la durée, dans le droit de suite en étant le seul des trois quotidien à s’intéresser aussi longuement au Japon, avec encore trois sujets en Une au mois de mai (aucun pour Libé, un seul pour Le Figaro).

Cette autopsie permet au passage de relever quelques symptômes inattendus et bénins. Ainsi, Le Monde qui semble avoir fait une poussée d’antigalonnite à la mi-mars. Jusqu’au 14 mars, à chaque fois que le quotidien du soir évoque le leader libyen en Une, il titre ” le colonel Kadhafi “. À partir du 15 mars, le grade de celui-ci disparaît systématiquement pour faire place à un simple “Kadhafi “.

Le Figaro quant à lui, est le seul des trois patients a avoir montré des signes de sinclairose légère en mettant deux fois à la Une l’épouse de DSK (24 mai et 10 juin). Allez, on referme le frigo et on garde les spécimens au frais. Quelque chose me dit qu’il sera intéressant de continuer à les disséquer dans les mois à venir. Une pandémie du virus 2012 se profile à l’horizon…


Article initialement publié sur Cross Média Consulting sous le titre : “Autopsie des rédac’s chef de Libé, Le Monde, Le Figaro

Crédits Photo FlickR CC by-nc gelle.dk

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De Fukushima à DSK: la fin des probables http://owni.fr/2011/05/30/de-fukushima-a-dsk-la-fin-des-probables/ http://owni.fr/2011/05/30/de-fukushima-a-dsk-la-fin-des-probables/#comments Mon, 30 May 2011 09:42:00 +0000 Guillaume Dasquié http://owni.fr/?p=65021 Le scandale s’était ankylosé. Devenu une machinerie rouillée. Les transgressions s’embourgeoisaient. Mêmes les scandales s’écrivaient en statistiques. Rassurantes. Confort d’un lendemain envisagé. Avant qu’une (ré)volution rebatte les cartes, casse les codes, offre de nouveaux marqueurs. Et installe une séquence où les probables dégringolent. Ringardisés.

De la catastrophe nucléaire de Fukushima à l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, la morphologie du scandale a mué. Et présente une physionomie transformée. Depuis les fondations de l’école des Cultural Studies, à Chicago dans les années 70, sociologues et anthropologues se sont efforcés de comprendre ces événements. De donner du sens au tintamarre. En publiant en octobre 2000 « Political scandal ; power and visibility in the media age », le chercheur John Thompson, de l’université de Cambridge, a parmi les premiers tenté de définir le nombre d’or du scandale. D’en tracer les principes architecturaux. Le scandale se nourrit de transgression et de communication. Quel que soit son domaine, sexuel ou financier. Mais, nuance Thompson:

Comment expliquer le rôle prédominant du scandale politique durant les décennies récentes ? Une manière de répondre à cette question serait de dire que la prédominance croissante du scandale politique est symptomatique d’un déclin des normes morales des dirigeants politiques, à la fois en ce qui concerne leur comportement personnel et leur honnêteté générale dans la conduite des affaires. Ainsi pourrait-on par exemple arguer que les scandales sexuels, dispositifs fort répandus dans la vie politique britannique dans les années quatre-vingt et le début des années quatre-vingt-dix, de même ceux qui ont entaché la présidence de Bill Clinton, reflétaient un déclin général des normes morales (…) Cependant, alors que ces explications peuvent sembler plausibles, peu de preuves viennent les appuyer. En effet, il n’est pas du tout sûr que, d’une façon générale, les normes morales des élites politiques soient aujourd’hui inférieures aux normes auxquelles adhéraient les mêmes dirigeants politiques par le passé. Les affaires extraconjugales de Kennedy en sont à elles seules l’exemple le plus manifeste : très peu de présidents américains précédents semblent avoir eu des liaisons qui, à l’époque, restèrent des secrets bien gardés. Il semble plus probable de concevoir que la prédominance croissante du scandale politique ait moins à voir avec un déclin général des normes morales chez les dirigeants politiques qu’avec une transformation des manières et des modalités par lesquelles les activités des dirigeants politiques sont rendues visibles dans le domaine public.

Thompson, qui consacre un long chapitre à la sociologie des scandales sexuels, pose dans ses travaux une distinction fondamentale entre la transgression des normes morales et la transgression des règles de droit pénal. De nos jours, selon lui, seuls les scandales moraux subsistent. Référence à une fellation présidentielle par une stagiaire de la Maison Blanche, certes consentante, mais que son aîné – puissant parmi les puissants – affirma ne pas connaître intimement. Grand scandale. Mais prévisible dans un pays de culture protestante où les mœurs des hommes politiques sont l’indicateur de leur morale publique. Un peu à l’opposé de la France, pays de culture catholique, où les relations à l’argent des hommes politiques sont cette fois l’indicateur de leur morale publique. Les longues soirées de travail des dirigeants avec leurs collaboratrices dans un cas, les amitiés des trésoriers des partis politiques avec les industriels dans l’autre cas représentent une trame connue. Dans laquelle les médias ont l’habitude de raconter des feuilletons scandaleux. Où le scandale apparaît comme probable, presque normal. Ce constat est partagé par deux sociologues français, Damien de Bic et Cyril Lemieux, dans un numéro spécial de la revue Politix:

Le scandale est à concevoir comme un moment certes peu banal et particulièrement violent de la vie sociale mais néanmoins « normal ». C’est la reconnaissance de cette normalité qui incita les anthropologues fonctionnalistes à tenter de lui attribuer une fonction – de contrôle social, de hiérarchisation, de régénération du groupe. C’est elle qui doit nous inviter à saisir positivement les logiques de la dénonciation et de la provocation publiques, plutôt que d’envisager ce type d’actes comme s’il s’agissait d’anomalies comportementales ou de manifestations collectives d’irrationalité.


Illustration de cette thèse avec l’affaire Woerth. Laquelle s’apparente à une narration sur le thème des arrangements entre le trésorier d’un parti de droite et un industriel ami – étonnante mais pas surprenante – débouchant sur une remise à plat de la notion de conflits d’intérêts dans l’espace public, et entraînant un exercice de transparence pour les membres du gouvernement, désormais soumis à une déclaration d’intérêt – fut-elle imparfaite.

Anthropologues et sociologues français ont décortiqué plusieurs siècles de scandales dans l’ouvrage dirigé par Luc Boltanski et d’Élisabeth Claverie, « Affaires, scandales et grandes causes ; de Socrate à Pinochet » (Stock, 2007). Ils soulignent les vertus des scandales et insistent sur les transformations qui suivent ces périodes où l’opinion communie dans un sentiment horrifié ; car ce qui est confusément attendu se réalise.

Le propre des scandales mondiaux récents, de Fukushima à DSK, est d’avoir transformé cette trame. Offrant un cadre de scénario original. La corruption et le mépris des populations pour les dirigeants de Tepco au point de provoquer une catastrophe nucléaire sans pareil. L’accusation de crime sexuel pour le banquier en chef du monde global. Pour John Thompson, les scandales politiques à caractère sexuels relevant de la Cour d’assises remontaient à l’Angleterre du XIX° siècle, lorsque des dirigeants fréquentaient des jeunes garçons mineurs contraints à la prostitution. De nos jours, ils ne correspondent pas aux bouleversements attendus que constitue l’ordinaire du scandale. Créant l’illusion d’un monde moins probable.


Image FlickR CC : AttributionNoncommercial par pixelfreund.ch

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DSK, Marine Le Pen et les harcelés anonymes http://owni.fr/2011/05/27/dsk-marine-le-pen-et-les-harceles-anonymes/ http://owni.fr/2011/05/27/dsk-marine-le-pen-et-les-harceles-anonymes/#comments Fri, 27 May 2011 16:39:43 +0000 David Servenay http://owni.fr/?p=64823 Elle est gonflée Marine Le Pen. Gonflée, habile, mais elle a la mémoire courte. Lundi 23 mai, dix jours après le « coup de tonnerre » elle s’est bien lâchée dans une vidéo diffusée sur le site du Front National sous le titre :

Marine Le Pen « décrypte » l’affaire DSK

Pour ceux qui n’ont pas le courage d’écouter les 10’34 de la présidente du FN, voici le résumé de son argumentaire :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

1. Les premières minutes, elle reste assez factuelle sur la « sidération » liée à cette « nouvelle étourdissante » : « Incontestablement, il y aura un avant et un après Strauss-Kahn [...] Cette affaire a mis à nu le système. [...] En France, l’affaire DSK n’aurait jamais été portée à notre connaissance. »

2. Puis elle passe à l’attaque contre le « système » : « Ce qui m’a profondément choqué, c’est qu’il n’y a pas eu un mot pour la victime ». Et de citer les dérapages de Jack Lang, BHL, Jean-François Kahn, Harlem Désir… Puis elle se positionne : « Je suis désolée de le dire, mais j’ai été la seule à exprimer immédiatement ma compassion pour la victime présumée, une simple femme du peuple. »

3. Et enfin, elle assène une double assertion ambiguë :

Parce que je crois que la sincérité est une marque de loyauté et de considération, j’ai, dès les premières minutes de l’affaire tenu à dénoncer l’omerta de la classe politique et médiatique qui préservait un silence complice autour des penchants peut-être pathologiques de Dominique Strauss-Kahn, tout en rappelant la présomption d’innocence à laquelle l’avocat que je suis, est très attachée. [...] Pourtant, beaucoup savait pertinemment que Strauss-Kahn n’était pas, comme on le présentait, un séducteur… mais un harceleur. Non pas un homme qui aime les femmes, mais un homme qui en fait l’objet de pulsions qu’il ne peut apparemment contenir.

Ce faisant, la future candidate à la présidentielle suppose donc qu’un « harceleur » puisse sans hésiter devenir un « violeur ». Que tout le monde (comprenez tous les « puissants ») le savait. Que la « caste » est donc complice, au sens de celui qui n’a pas dénoncé un crime qu’il savait devoir se produire. Syllogisme idéal…

Un tas de petits secrets bien enfouis

Mais Marine Le Pen a la mémoire courte. Septembre 2006, moi qui n’ai jamais suivi un meeting politique, je reçois pour mission de couvrir la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen pour ma rédaction (RFI). Travailler sur le Front National est une sorte d’exception dans le paysage des relations complexes qu’entretiennent les journalistes et le monde politique. Une exception vertueuse, puisque nous n’avons pas à nous forcer pour garder la distance critique qui sied à un bon suivi de l’actualité politique.

En clair, les journalistes qui suivent le FN sont plus incisifs, plus distants vis-à-vis de leurs sources que dans les autres partis. Précision : dès qu’ils se présentent au Paquebot (le siège du FN) la plupart des consœurs et confrères sont étiquetés « ennemis » par les responsables frontistes. Du coup, peu d’infos font l’objet d’un silence complice de la part de la presse qui couvre l’extrême droite. J’y reviendrai.

Officiellement, Marine Le Pen a toujours refusé de médiatiser sa vie privée. Pour de bonnes raisons : elle garde un souvenir très amer de l’épisode obscène et trash de la séparation de ses parents qui avait fait la joie des lecteurs de Playboy (Pierrette Le Pen y posait nue en… bonne faisant le ménage). Tout juste sait-on qu’elle est deux fois divorcée, mère de trois enfants (dont des jumeaux) et qu’elle vit chez papa, dans un loft aménagé à côté de la grande maison bourgeoise de Montretout, un domaine privé de Saint-Cloud. On est loin de la France qui se lève tôt. Mais peut-être que cette réticence à la people-isation s’explique par une différence entre son discours public et son comportement privé.

Pendant la campagne de 2007, les journalistes-suiveurs étaient en possession d’informations précises, informations jamais publiées, car relevant pour l’essentiel de la vie privée de Marine Le Pen. À l’époque, la vice-présidente du FN a donc bénéficié, comme DSK et d’autres, de cette “omerta” qui tient pour l’essentiel au respect d’un article du code pénal qui sanctionne les atteintes à la vie privée.

Nous entrons là dans la zone grise, car Marine Le Pen est aussi un personnage public.

Je m’explique: imaginez que ces informations précises sur la vie privée de Marine Le Pen aient pu avoir une incidence forte sur la vie du parti. Que la montée en puissance de la « génération télé » du FN, qui provoqua de nombreux départs, à commencer par la mise à l’écart de Jean-Claude Martinez, poisson pilote et boite à idées historique de Le Pen père, soit liée à cette situation publique/privée.

Face à une telle configuration, quelle devrait être l’attitude de la presse ? Se taire ? Tout déballer ? Quitte à provoquer un drame à la fois personnel (pour les intéressés) et collectif (pour les adhérents/sympathisants)… Fallait-il ne rien dire ? Pas sûr. Nous n’avons rien dit et parfois, j’en viens à le regretter.

Hommes/Femmes vs Droite/Gauche

Si je fais allusion à cette omerta dont bénéficia aussi Marine Le Pen, c’est parce qu’un grand hebdomadaire populaire a levé le «secret», en novembre 2010, quelques semaines avant sa triomphale élection à la tête du FN. Sans que l’intéressée ne s’en émeuve. C’était à voir – et à lire – dans Paris-Match, sur 10 pages en couleurs. Un détail insignifiant? En tout cas, depuis ce coming-out, le «compagnon» est devenu l’une des figures de proue de l’entreprise de séduction entamée par la Madone de la droite extrême pour élargir son électorat.

Si j’avais à suivre sa campagne 2012, que dirais-je sur la candidate FN? Sans doute un peu plus qu’en 2007, mais pas vraiment beaucoup plus. Je lui poserais certainement la question:

Allez-vous vous marier ?

Car le storytelling d’un candidat à l’élection présidentielle ne peut se faire en dehors de la dimension du couple. C’est devenu un passage obligé des politiques. Surtout si vous êtes un candidat de droite. Je n’irais sans doute pas plus loin dans l’enquête de personnalité, comme disent nos confrères anglo-saxons.

Pourquoi? Parce que je crois à la sincérité du propos de Marine Le Pen sur « une simple femme du peuple » et à son refus de (trop) médiatiser sa vie privée. Comme j’ai cru à la sincérité du propos de Martine Aubry qui a très vite pris la mesure du séisme et fait le service minimum dans la phase brève mais intense de « défense du DSK ». De même, la réaction de Clémentine Autain fustigeant le machisme des réactions des éléphants m’a paru aussi sincère que salutaire.

Il est d’ailleurs tout à fait remarquable de constater que Marine Le Pen, Martine Aubry et Clémentine Autain (ex élue communiste) ont tenu à peu près le même discours. Comme si leur statut de femme avait instinctivement primé dans leur perception de la situation, chacune tirant ensuite des conclusions tactiques différentes. La logique politique a vite repris le pas. Mais, pendant quelques jours, le cadre ordinaire du clivage idéologique a volé en éclat.

Ce n’était plus droite contre gauche, mais hommes contre femmes, accusation vs défense. Marine Le Pen n’y échappe pas et tant mieux. Elle peut aussi être très agressive avec les journalistes, sur le mode « tu m’aimes ou tu me détestes ». Un jour, dans son fief d’Hénin-Beaumont, j’ai ainsi eu l’insigne honneur de me faire traiter de « punaise » devant témoins. Voilà aussi où tombe parfois le débat politique.

Omerta médiatique?

Revenons sur cette accusation d’omerta médiatique. La présidente du FN cite, comme référence et exception, l’excellent blog du journaliste de Libération Jean Quatremer. Là encore, pour mémoire, ce confrère fait d’abord un très bon post au moment de la nomination de DSK au FMI. Nous sommes en juillet 2007 :

Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique. Après Jacques Attali et ses goûts somptuaires qui lui ont coûté la présidence de la BERD, la France ne peut pas se permettre un nouveau scandale.

Pas plus, pas moins. C’est suffisant et très juste avec ce simple mot : « harcèlement ». Un papier tristement prophétique, d’autant plus que l’alerte se répète en 2008 lors du scandale provoqué par une autre incartade du directeur général du FMI. Mais là encore, la presse fait son travail. Peut-on sérieusement parler d’omerta? Alors que l’information sera reprise et débattue dans plusieurs médias, on et off line.

Abus de pouvoir ordinaire à l’Assemblée

À cette époque (janvier 2008), l’élection présidentielle passée, je mène pour Rue89 une enquête à l’assemblée nationale. Au départ, il s’agit de vérifier comment les députés respectent (assez mal pour certains d’entre eux) le droit du travail en tant qu’employeurs. Tous les parlementaires ont un statut d’entité économique indépendante. A ce titre, ils sont comme un chef d’entreprise, libre de recruter/licencier et gérer leurs collaborateurs (trois à quatre assistants par député).

Souvent, cette position de force donne lieu à des abus classiques : heures supplémentaires non payées, conditions de travail au rabais, sur-diplômés sous-payés. Mais parfois, l’abus franchit un pas, celui du harcèlement. Un indice ne trompe pas : celui du turn-over des assistants parlementaires. Certains et certaines députés(ées) sont connus pour user de quarteron de collaborateurs, les uns après les autres. Quel type de harcèlement ? Voici ce qu’en dit aujourd’hui Jean-François Cassant, le secrétaire général de l’Union syndicale des collaborateurs parlementaires (USCP-UNSA) :

Rien n’a changé depuis 2008, c’est même pire. Or, je me suis rendu compte que le harcèlement moral et le harcèlement sexuel vont rarement l’un sans l’autre. En général, les collègues concernées vont aux Prud’hommes pour obtenir réparation, mais sur du droit social, pas sur du droit pénal. Quand on a un rapport hiérarchique, c’est « tu baises ou tu te casses » et comme on ne crache pas dans la soupe…

Parler de ces abus, c’est prendre le risque d’être exclu définitivement du microcosme. Un petit village de 577 députés et quelques 2.000 assistants :

La loi du silence n’est pas totalement hermétique, mais les gens se taisent au moment où ils devraient parler. Ils finissent toujours par en parler, même des années après, car garder le secret sur ces choses-là, c’est assez affreux.

Les femmes (18,5% des élus à l’Assemblée) sont-elles moins harceleuses que les hommes ? Jean-François Cassant :

Du harcèlement moral commis par les femmes, j’en ai à la pelle. Il y a des femmes très, très dures qui, pour défendre leur image, vont négocier le licenciement de leurs assistants. Je ne fais plus de syndicalisme aujourd’hui, mais du coaching psychologique avec une très forte angoisse que quelqu’un se foute en l’air. Une collègue, licenciée deux fois après deux grossesses par deux députés différents, m’a dit : « C’est comme les rats qui se tiennent par la queue. »

Illustrations Flickr CC Respontour

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[Labo] Enlarge your DSK http://owni.fr/2011/05/27/labo-enlarge-your-dsk/ http://owni.fr/2011/05/27/labo-enlarge-your-dsk/#comments Fri, 27 May 2011 10:14:56 +0000 Media Hacker http://owni.fr/?p=64345 « L’affaire DSK » : matin midi et soir, dans les journaux, à la télévision, à la radio, sur Twitter, sur les blogs, sur Facebook, vous en avez mangé, nous avons mangé, à toutes les sauces, à tous les angles, de l’annonce de son arrestation samedi 14 mai par un tweet d’un jeune militant UMP à celle de son inculpation vendredi 20 mai 2011.

Face à cette séquence médiatique d’une rare intensité, nous avons fait le choix de ne rien produire : pas par consigne mais parce que nous n’en avions pas envie. Que dire qui apporte une réelle plus-value made in OWNI ? Que faire lorsque “l’information” provient d’une source unique, impossible à recouper dans le tempo imposé par la procédure judiciaire ?

Alors que les rédactions commençaient à redécouvrir le monde , nous avons eu envie de revenir sur cette première phase, en mode vidéo augmentée, prolongeant ainsi l’expérience réalisée sur la mort de Ben Laden. Au départ, nous avions pensé à vous proposer un montage mixant des unes parmi les 150.000 produites, sur un extrait d’une interview d’André Gunthert, diffusée dimanche dernier sur France Culture dans Place de la Toile. Le chercheur en histoire visuelle, qui a abondamment commenté l’information, y résumait le sentiment général de la rédaction sur cette affaire.

Nous avons finalement supprimé la piste audio car cela faisait trop d’informations envoyées en même temps. Exactement ce qui provoquait notre malaise dans les premiers jours de cette affaire. Voici, pour mémoire, l’extrait de l’intervention d’André Gunthert:

Quant aux couvertures, au mimétisme caricatural, ne croyez pas que nous avons passé des heures à en chercher qui se ressemblaient, que ce soit par le titre – Alerte cliché a dû s’affoler – ou la photo. Ce montage a été «augmenté» d’une sélection de citations, de tweets, de vidéos qui courent du samedi 15 au vendredi 20 mai, ainsi que de graphiques comparant les données, essentiellement produites par la base de données LexisNexis (qui ne concernent donc pas la presse de manière exhaustive), sur le traitement médiatique de l’affaire DSK: le nombre d’articles, la comparaison entre certains titres, etc.

Enfin, et pour profiter pleinement de l’expérience, nous vous conseillons de naviguer directement dans l’application :

http://app.owni.fr/augmented/enlarge-your-dsk/

Nous avons constaté des bugs sous Safari et Firefox 4.0 : l’application ne se lance pas toujours.

Pour mémoire quelques citations à graver dans le marbre :

Jean-Pierre Chevènement (Mouvement républicain et citoyen) sur son blog, jeudi 19 mai :

C’est comme ça qu’a commencé l’affaire Dreyfus.

Jean-François Kahn, dans les matins de France Culture, lundi 16 mai :

Je suis certain, enfin pratiquement certain qu’il n’y a pas eu une violente enfin une tentative violente de viol. Je ne crois pas à ça, je connais le personnage. Je ne pense pas. Qu’il y ait eu une imprudence on peut pas le … , je ne sais pas comment dire… un troussage… qu’il y ait eu un troussage de domestique c’est pas bien mais… voilà, c’est une impression.

Jack Lang (PS), dans le 20h de France 2, lundi 16 mai :

Depuis deux jours il y a une sorte d’acharnement, de lynchage contre Dominique Strauss-Kahn [...] de la part du système juridictionnel américaine et du système médiatique en général [...]. Ne pas libérer quelqu’un, alors qu’il n’y a pas mort d’homme. Ne pas libérer quelqu’un qui verse une caution importante ça ne se fait pratiquement jamais.

Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate, dimanche 15 mai :

Je pense que vraisemblablement on a tendu un piège à Dominique Strauss-Kahn et qu’il y est tombé. [...] Cela peut venir du FMI, ça peut venir de la droite française, ça peut venir de la gauche française… Ça me semble tellement énorme, cette affaire ! On sait qu’il est assez vigoureux, si je puis m’exprimer ainsi, mais qu’il se fasse prendre comme ça me semble ahurissant, donc je pense qu’il est tombé dans un piège.

La député PS et ancienne Garde des Sceaux, Elisabeth Guigou est révoltée sur RTL, mercredi 18 mai :

La présumée victime est davantage protégée que le présumé innocent!

A contrario, Clémentine Autain, ex-adjointe du maire de Paris, estime sur son blog lundi 16 mai que la décence, ce serait d’avoir au moins un mot pour cette femme. Olympe, blogueuse féministe pointe du doigt les soupçons portés sur la victime :

Si vous portez plainte pour viol vous pouvez vous attendre à ceci : qu’on se demande bien comment c’est possible parce que  vous êtes un thon avec  “Les avocats auraient été surpris, lors de la comparution, de voir arriver une jeune femme très peu séduisante.”, qu’on mette en doute votre professionnalisme et qu’on se demande ce que vous foutiez là.

Cette application est le fruit d’un labo, de fait, n’hésitez pas à faire vos retours d’utilisateurs en commentaires, il nous permettront d’améliorer ce nouvel outil. Nous avons d’ores et déjà ajouté la possibilité de partir d’un player audio.

Sabine Blanc, Claire Berthelemy et Marie Coussin ont réalisé ce travail. Nous remercions Erwann Gaucher, André Gunthert et Patrick Peccatte qui ont mis leurs archives photos à disposition, Xavier de la Porte, producteur de l’émission Place de la Toile. Sans oublier nos précieux geeks, Tom et Aurel, pour l’aide technique.

Image Flickr CC AttributionShare Alike Sundve

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[infographie] DSK en tête? Faux! http://owni.fr/2010/08/31/infographie-ps-putain-deux-ans/ http://owni.fr/2010/08/31/infographie-ps-putain-deux-ans/#comments Tue, 31 Aug 2010 18:11:06 +0000 Nicolas Kayser-Bril http://owni.fr/?p=26604 « L’ombre de DSK plane sur le PS », titrait Le Point au lendemain de l’université d’été du PS. A La Rochelle, on n’a pas de pétrole, mais on a des présidentiables ! L’année dernière, on y parlait de la rivalité Aubry-Royal. En 2008, un article du même magazine couvrant l’évènement arrivait à placer pas moins de 12 personnalités PS dans son article de synthèse.

Cette infographie rappelle qu’à la question: “Pour chacune des personnalités suivantes, souhaitez-vous qu’elle ait davantage d’influence dans la vie politique française?”, ceux qui ont représenté le PS à l’élection suprême n’étaient pas forcément les plus plébiscités par les sondés à deux ans du scrutin. C’est le cas pour Ségolène Royal, qui était en 2005 en troisième place, celle qu’occupe Dominique Strauss-Kahn aujourd’hui.

Au-delà de cette focalisation sur les individus, on pourrait tenter de remonter le temps jusqu’à retrouver une université d’été où l’intérêt des médias s’est porté sur le programme du parti, mais les archives de la presse en ligne ne vont pas jusque là.

Le plus surprenant reste la capacité du parti et des journalistes qui le suivent à se focaliser sur une course dont l’issue se règlera dans deux ans. Autant demander à Eugène Saccomano de commenter un marathon:

Alors qu’Aubry et Royal sont au coude-à-coude dans la surface, Delanoë reste en retrait dans le rond central et l’on voit Valls et Hollande remonter sur l’aile ! Aubry semble reprendre le dessus en se dégageant habilement de Royal mais rate son contrôle !!! Oooooh, Martiiiiine, qu’est ce que tu nous fais là ! Sur le banc, DSK commence à s’échauffer et le public crie son nom !

Mais voilà, un match de foot dure 90 minutes. Au PS, la course dure depuis le 21 avril 2002 et une phrase : « je me retire de la vie politique ». Huit ans sans qu’un leader n’arrive à insuffler des idées et une vision à des militants qui ne demandent que ça. Huit ans que politiques, analystes et journalistes se perdent en conjectures pour savoir qui sera le prochain à tenter de ne pas perdre une élection nationale contre la droite.

Cet exercice est d’autant plus lassant qu’il est vain. A plus de 2 ans des élections, les personnalités qui joueront un rôle lors de la présidentielle nous sont encore inconnues. Comme le montre l’analyse que nous avons réalisée sur les élections de 2002 et de 2007 d’après les « cotes d’avenir » établies chaque mois par TNS/Sofres, les personnalités vedettes du PS 20 mois avant l’échéance ont été reléguées au second plan le jour J.

Les premiers seront les derniers

Elisabeth Guigou, dauphine de Jospin en 2000, n’a pas été celle qui a repris le parti en main après l’humiliation de 2002. Bernard Kouchner, malgré une popularité au sommet en 2005 et quasiment égale à celle de Sarkozy (54% en aout 2005), n’a pas pesé sur l’élection de 2007. Delanoë, qu’une grosse minorité des Français souhaiterait voir « jouer un rôle plus important » sur la scène nationale depuis 10 ans, d’après la formulation de la Sofres, ne récolte pas non plus les fruits de son succès. Il y a fort à parier qu’Aubry sera, elle aussi, dépassée en 2012 par celui ou celle qui est aujourd’hui considérée comme une personnalité de second rang.

L’engouement pour ceux qui s’engagent trop tôt n’est pas une spécificité du PS. Aux États-Unis, celui ou celle qui part favori pour les primaires ne devient que rarement le candidat officiel des démocrates ou des républicains. Howard Dean en reste le meilleur exemple : Annoncé vainqueur des primaires en 2003, il a été dépassé par John Kerry lorsque les choses sérieuses ont commencé. Curieuse coïncidence, sa campagne a débuté en mars 2003, soit exactement… 20 mois avant l’échéance fatidique. Dean n’est pas le seul à avoir fait les frais d’une campagne trop vite consumée. En 1980, Ted Kennedy s’est également pris une belle déculottée face à un Jimmy Carter en état de mort politique quelques mois auparavant.

Machine à perdre

Les problèmes du PS ne se limitent pas à une série de faux départs. Le parti s’est également fait une spécialité de réparer une machine atone avec des pièces usagées. Comme si Domenech avait rappelé Trésor et Giresse, les perdants de France-RFA en 1982, dans son équipe en Afrique du Sud. Laurent Fabius et DSK étaient, eux aussi, déjà actifs au niveau national au début des années 1980.

Le riant visage du PS à Caen.

L’incapacité à faire émerger des nouvelles têtes et à tirer les leçons des échecs tient peut-être au manque de rigueur et de volonté au sein du parti. En 2005, les grands noms du PS ont montré ce qu’ils pensaient des votes internes au parti. En ne suivant pas le choix des militants pour le ‘oui’ au référendum sur la constitution européenne, les Fabius, Emmanuelli ou Mélenchon exposaient au grand jour le manque de leadership de l’opposition. Dans ces conditions, quelle crédibilité apporter aux primaires du PS ?

De la même manière, Laurent Fabius, pourtant 3e des primaires de 2006 avec près de 20% des voix des militants, n’avait à l’époque qu’une cote d’avenir de 22 points. DSK, sorti des primaires sur le même score, avait une cote deux fois supérieure. Les militants PS votent-ils pour celui qui les fera gagner ou en fonction d’impératifs claniques ?

Espérons que l’on cesse de se focaliser pour savoir qui sera calife à la place du calife et que l’on se concentre vraiment sur les idées. Sans forcément souhaiter une victoire du PS, les démocrates doivent se mobiliser pour que les français disposent d’une opposition crédible. L’été 2010 a montré ce dont quoi un gouvernement laissé à lui-même était capable.

Que le PS se rassure néanmoins. Les cotes d’avenir des leaders de droite sont encore plus ternes que celles de Mitterrand en décembre 1991, à son plus bas historique. Les membres du gouvernement plébiscités par plus d’un tiers des sondés restent Rama Yade et Bernard Kouchner. On voit mal l’UMP les adouber en 2012 pour succéder à Sarko 1er.

Photo: CC thestrengthofcow, Gueorgui Tcherednitchenko

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