OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Sarkozy mauvais emploi http://owni.fr/2012/02/22/sarkozy-chomage-emploi-chiffres/ http://owni.fr/2012/02/22/sarkozy-chomage-emploi-chiffres/#comments Wed, 22 Feb 2012 06:45:30 +0000 Sylvain Lapoix et Marie Coussin http://owni.fr/?p=99360

En lançant sa campagne sur la thématique du chômage, Nicolas Sarkozy s’est davantage inspiré des chiffres des sondages sur les préoccupations des Français plutôt que des statistiques les plus sérieuses du ministère de l’Emploi.

Dès sa déclaration de campagne au 20 heures de TF1, Nicolas Sarkozy a dégainé un chiffre-ritournelle, déjà présent dans son interview au Figaro Magazine du 11 février et depuis réutilisé à la tribune de son premier discours de campagne à Annecy le 16 février :

Aujourd’hui, il y a seulement 10 % des chômeurs qui sont en formation.

S’appuyant sur ce propos pour justifier sa première proposition importante sur la formation des chômeurs, le président-candidat surestime en fait lourdement les chiffres réels : selon l’organisme statistique du ministère du Travail (la Dares),  les dernières études disponibles comptabilisent seulement 8 % de demandeurs d’emploi en formation pour l’année 2009, soit une marge d’erreur de 20 % (cliquez dans les graphes ci-dessous pour les agrandir).

Une donnée un peu datée, elle remonte à 2009, mais c’est la dernière à avoir été publiée. Nicolas Sarkozy semble défier ce chiffre de 8% en affirmant à Annecy qu’ “à la minute où [il] vous parle” il représenterait 10%.

Soit le Président balance avec une assurance de bateleur une grossière approximation. Soit il a eu accès à des données non encore publiées, et donc soumises aux règles légales du secret statistique (garantissant l’équité des candidats et des citoyens devant l’information), avant de les étaler l’air de rien en meeting.

Nicolas Sarkozy aborde donc le thème de l’emploi en insistant d’abord sur la faible proportion de chômeurs en formation, avec des chiffres contestables, pour ensuite stigmatiser le coût de cette formation. Mais là aussi, dans le deuxième volet de son argumentaire, les chiffres se révèlent erronés.

Sarkozy se contredit de 5 milliards

Dès son interview donnée au Figaro Magazine le 11 février, il affirme :

Chaque année, 30 milliards d’euros sont consacrés à la formation professionnelle. Cet argent peut être et doit être mieux utilisé.

Cependant, une semaine plus tard, lors du discours d’Annecy, le même chiffre s’est effondré :

C’est une véritable révolution dans l’indemnisation du chômage qui ne sera possible que si notre système de formation professionnelle est complètement remis à plat. Mes chers amis, 25 milliards d’euros dépensés chaque année auxquels personne ne comprend plus rien, c’est un chantier immense qui va s’ouvrir.

Une correction inutile puisque, comme nous le confirme la Dares (tableau I), le bon chiffre (31,315 milliards d’euros en 2009) était bien plus proche de la première citation !

Cet indicateur biaisé se rapproche néanmoins de quelque chose : il s’agit en fait des dépenses de formation professionnelle pour le secteur privé uniquement (25,264 milliards en 2009), excluant les six milliards de budget alloués par la fonction publique à la formation de ses agents.

Mais l’erreur (consciente ou non) ne se limite pas au chiffre. Globalement, en mettant en parallèle la réforme de la formation des demandeurs d’emploi et le budget total de formation professionnelle, Nicolas Sarkozy forme un pont entre deux rives bien lointaines.

Si dans son discours les deux sont systématiquement associés, les dépenses de l’État pour la formation des demandeurs d’emplois ne représentaient en 2009 que 863 millions d’euros sur 7,963 milliards au total, tous publics confondus – l’État ne prend donc en charge que 10,9 % de ce budget.

Un chiffre par ailleurs en baisse de 5,9 % sur l’année. La majeure partie du budget formation de l’État demeure celui destiné aux jeunes (apprentissage, professionnalisation, accompagnement et insertion) précédant l’aide à la formation continue des salariés du public (2,9 milliards en 2009) et celle aux salariés du privé (1,37 milliard).

Désengagement

Or, le rôle de l’Etat est minoritaire dans le financement des stages de formation des demandeurs d’emploi : selon la base BREST de la Dares (p.2), seuls 12 % des stages pour les chômeurs sont financés par des budgets de l’État, contre 15 % par le Pôle emploi et surtout 62 % par les régions.

Depuis la décentralisation en 2004, ce sont trois fois moins de demandeurs d’emplois d’emploi qui bénéficient d’un financement d’État : de 256 760 au moment de la réforme, nous sommes passés à 68 151 en 2009. Une baisse maigrement contrebalancée par la montée en charge du Pôle emploi dans ce domaine, de 8 à 15 % des stages financés.

Ce transfert vers les collectivités territoriales n’a cependant pas été compensé par le soutien aux structures locales. Bien au contraire. L’avis de la Commission aux affaires sociales du Sénat sur le projet de loi de finances 2012 du Sénat note dans son volet « Travail et emploi » une action de sape budgétaire caractérisée :

Le projet de loi de finances pour 2011 prévoyait, initialement, de réduire de près de moitié les crédits alloués par l’Etat aux maisons de l’emploi (53 millions contre 95,5 millions en 2010). Des amendements parlementaires ont cependant atténué cette baisse et fixé la dotation à 77,4 millions d’euros. Le projet de loi de finances pour 2012 propose à nouveau une forte diminution des crédits destinés aux maisons de l’emploi (38 %).

Créé par le gouvernement Fillon en fusionnant l’Unedic et les Assedic, le Pôle emploi n’a pour sa part pas connu de baisse significative de ses moyens mais une stagnation. Le chômage, en revanche, a connu une hausse violente suite à la crise. Une conjonction relevée par ce même avis de la Commission aux affaires sociales :

Le nombre de chômeurs a augmenté de 30 % depuis la crise, sans que les moyens de Pôle emploi ne soient renforcés. De ce fait, l’opérateur n’a pu maintenir la qualité de service que les usagers sont en droit d’attendre en matière d’accompagnement et d’aide à la recherche d’emploi.

Or, comme en 2010 et 2011, la dotation de l’Etat s’établira pour l’année 2012 à 1,36 milliards d’euros. Des réalités comptables qui représentent le bilan du quinquennat en matière d’emploi.


illustrations et couverture par Marion Boucharlat et Ophelia Noor pour Owni

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L’emploi des jeunes: un faux problème? http://owni.fr/2010/12/17/lemploi-des-jeunes-un-faux-probleme/ http://owni.fr/2010/12/17/lemploi-des-jeunes-un-faux-probleme/#comments Fri, 17 Dec 2010 05:30:06 +0000 Nicolas Kayser-Bril http://owni.fr/?p=39354 Le chômage des jeunes est sans cesse présenté comme un problème en soi. Pourtant, les multiples solutions proposées par les politiciens ne fonctionnent pas, à moins de mettre tous les jeunes sous les drapeaux ou de les forcer à travailler en fermant lycées et universités.

La diversité des situations nationales et personnelles est telle qu’au fond, faut-il réellement des solutions pour « les jeunes », ou des solutions pour ceux qui ne trouvent pas d’emploi en général ?

“Si vous ne travaillez pas, vous êtes finis”

La construction sociale de la catégorie de jeune éclate au grand jour quand les institutions étatiques s’écroulent. Lors de la chute de l’URSS, toute une génération de 15-25 ans, qui auraient dû étudier à l’université, se sont retrouvés livrés à eux-mêmes. L’alternative était simple : travailler ou crever de faim. Un Kazakh de 23 ans à l’époque raconte, dans un livre de Christopher Robbins :

En ce temps-là, j’achetais des vieilles Lada pour 3 000 roubles, je les conduisais à Balkhash et les échangeais là-bas contre 10 tonnes de lingots de cuivre. Je ramenais le cuivre à Almaty et le revendais à des marchands chinois à la frontière, en cash. 600 kilomètres sur des routes horribles – mais un profit de 300% en une semaine. Alors, oui, il fallait corrompre la police, oui, il fallait lutter contre les brigands. Mais si vous ne le faisiez pas, vous étiez finis.

Dans les mines chinoises, les jeunes ont du travail.

Un autre moyen radical de faire diminuer le chômage des jeunes : l’armée ! Quand une ou plusieurs classes d’âge sont en treillis, le nombre de chômeurs diminue d’autant. Prenons l’exemple de la France. Avec le service militaire, les jeunes passent 10 mois hors du marché du travail. À tout moment, 8% des 15-24 ans sont sous les drapeaux. Si l’on fait l’hypothèse que le chômage est également distribué à travers cet échantillon, un rétablissement du service militaire ferait baisser de 1.8% le taux de chômage des jeunes.

Cette hypothèse ne tient pas longtemps face aux données. Que ce soit en France ou en Belgique, le ratio chômage des jeunes/chômage total n’augmente pas brusquement en 1995, année où le service a été aboli dans les deux pays.

Une solution de court-terme

“Not much seems to work”

Au-delà du travail forcé, les gouvernements des pays riches ont élaborés des solutions plus ou moins heureuses pour s’attaquer au chômage des jeunes. Au Danemark, un programme a été mis en place dans les années 1990 afin de permettre aux jeunes au chômage de reprendre les études. Les deux tiers des jeunes prenant part à cet effort ont été tirés du chômage, mais une étude [pdf, en] explique qu’une bonne partie d’entre eux aurait de toute façon retrouvé un emploi avec le redémarrage de l’économie.

Au Royaume-Uni, un New Deal pour la jeunesse a été mis en place en 1998. Les moins de 24 ans au chômage peuvent demander une aide pour trouver un travail. Ces conseils personnalisés (comment écrire un CV, préparer un entretien etc.) n’ont cependant pas tenu leurs promesses. De 51% de jeunes trouvant un job après être passés par le programme en 1998, on est tombé à 34% en 2005, d’après le think-tank de centre-droit Reform [en].

En France, le programme Défense 2e Chance est montré en exemple. L’Établissement Public d’Insertion de la Défense (EPIDE) voulait intégrer les jeunes en difficulté grâce à un encadrement militaire et des cours en conséquence. Un reportage du Parisien explique par exemple que les cours d’histoire y sont donnés par des vétérans d’Indochine ! Mais le programme, qui devait former 10 000 jeunes par an, est un échec patent. En 2009, il a accueilli moins du quart du chiffre annoncé, avec un taux de succès de moins de 50%.

Au final, comme l’écrit candidement Glenda Quintini dans une présentation de l’OCDE [pdf, en], not much seems to ‘work’. Pas grand-chose ne marche. La meilleure solution reste de mieux former les enfants avant que les écarts ne se creusent, dès la première année à l’école.

Des chiffres pas très NEET

Une focalisation sur les chiffres du chômage rend très mal les problèmes plus généraux auxquels doit faire face la jeunesse mondiale. L’indicateur n’est pas à jeter à la poubelle, mais on s’intéresse très peu aux NEET, qui sont pourtant plus nombreux que les chômeurs. NEET, pour neither in education, employment or training, représente le phénomène Tanguy en France ou les hikikomori au Japon.

Un rapport de l’OCDE [pdf, en] (encore eux !) montre que, chez les femmes, près de 50% d’une classe d’âge peut être NEET. C’est le cas en Turquie, Grèce ou en Hongrie, mais aussi en Allemagne, qui possède un taux de chômage des jeunes parmi les plus bas.

Enfin, le taux de chômage dépend surtout du taux d’activité. En effet, le chômage n’est pas le ratio du nombre de chômeur sur la population totale, mais du nombre de chômeurs par rapport à la population active. Une fois les NEET et les étudiants pris en compte, les situations nationales varient du tout au tout. En Corée du Sud, par exemple, le taux de chômage des jeunes est de 25%, à peu près équivalent à la France. Pourtant, seul 1 jeune sur 50 y est réellement chômeur, contre 1 sur 10 en France.

Une fois ces éléments pris en compte, les chômeurs « jeunes » sont surtout des individus sans diplôme surreprésentés. Le problème ne tient ainsi pas à l’intégration d’une classe d’âge en particulier, mais à la prise en compte des problèmes spécifiques aux élèves en grande difficulté.

Entre les jeux comptables et les solutions inefficaces, les difficultés des jeunes ne sont pas près de se résorber. Travail, mais aussi drogues, socialisation, loisirs… L’incompréhension des politiques face aux modes de vie des générations X, Y et Z reste totale. Les vieux cons devraient écouter les petits cons. Il serait temps.

Retrouvez l’ensemble de notre dossier sur la jeunesse et découvrez notre sondage autour de l’emploi des jeunes :

Photos : CC andi808, Bundesarchiv, deVos

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